Les Matagots aux Aubins

Le monde mystérieux des êtres fantastiques est peuplé d’une invraisemblable quantité de personnages. Parmi eux, nos provinces méridionales connaissent le MATAGOT.

Sa forme la plus répandue est celle d’un chat sorcier, de couleur noire, qui enrichit ceux qui prennent soin de lui, selon un préjugé répandu. Voici comment s’en emparer : l’on doit attacher une poule à la croisée de quatre chemins, le Matagot goulu cours vers elle, le chasseur à l’affût lui saute dessus, le prend par la queue et l’enferme dans un sac. Il revient chez lui, sans se retourner, sans parler quoiqu’il arrive, il place alors l’animal dans un coffre et le nourrit avec mille prévenances. S’il lui donne la première bouchée de chacun de ses repas, sa fortune est assurée. Mais s’il manque d’attention, alors le chat sorcier se venge, l’accable de mille tracasseries, renverse, cache, casse les ustensiles ménagers, tresse la queue des chevaux, trait les vaches et affole les voisins. À l’article de sa mort, le maitre du Matagot doit le donner à quelqu’un sinon il agonise terriblement.

Selon les dires de Monsieur l’Abbé AYE, curé de la Bâtie-Neuve en 1922, les Matagots étaient bien connus dans le Champsaur, à Gap et dans sa paroisse.
Madame Maria Robert des Aubins racontait que dans son enfance, aux années finales du XIXe siècle elle se faisait traiter de « petit Matagot » si elle faisait un caprice, on lui disait pour la faire tenir tranquille chez elle : «attention, si vas aqui, li a de Matagots (si tu vas par là, il y a des Matagots)». La croyance aux sorciers était fort répandue dans le canton de la Bâtie-Neuve.

Le renom des Aubins vient aussi d’une carrière de marbre et d’un gisement de tuf qui y furent exploités. Une ardoiserie y fonctionna jusqu’à ce qu’un éboulement de montagne l’ait recouverte, ensevelissant trois hommes.
D’après l’Abbé ALLEMAND, une des voies romaines qui se dirigeait vers le Champsaur passait par les Aubins. On en trouvait encore au début du XXe siècle au dessous de ce hameau, le tracé, sur un parcours de cent mètres environ, appelé le chemin Ferré, pavé sur deux mètres de largeur.
Toutefois une autre théorie a cours qui nous propose un autre tracé à cette voie. D’après un groupe de chercheurs dans les années 1950, elle passerait par la ferme SAUQUE dans les alentours du hameau des BRES, entre deux maisons des CARLES où elle était bien marquée encore à cette date et très visible jusqu’au lit du torrent de Saint-Pancrace.
De l’autre coté de ce torrent, un très ancien chemin, changé par placé en torrent, monte vers les Aubins et aboutit à la ferme Bonnafous. Peut-être la voie romaine passe-t-elle par la ferme CRIVOLIN ? Un très beau morceau pavé a été retrouvé en 1953 à flan de coteau, orienté vers la tour de la Bâtie-Vieille. De 300 à 400 mètres de long il descend vers le hameau des BERNARDS, continue vers l’ouest et va se perdre dans les côtes et les combles.

La Bâtie-Vieille : la Tour

La Bâtie-Vieille : la Tour

Pour conclure, il n’existe aucun vestige indiscutable de cette voie romaine, mais l’on peut, à juste raison, regarder le chemin qui passait par la Bâtie-Neuve pour relier Gap à Chorges comme la principale voie de communication, de la contrée avec son embranchement pour le Champsaur, vers les Césaris. Monsieur J. ROMAN, archiviste à Gap, ajoute cette juste remarque : « Jusqu’au XVIIIe siècle, les principales routes des Alpes ont suivi le tracé des voies romaines auxquelles on n’a fait subir que de très peu nombreuses modifications, nécessitées surtout par des changements dans le cours des rivières ou des torrents. »

En 1996, deux jeunes chercheurs, Sophie LICARI et David THIERY, inventorièrent un site situé à 425 mètres au Nord du hameau des Aubins, à l’Est de la route D213 qui descend du col de Moissière. « Une sorte de bastion », nous disent-ils, semble en défendre l’accès, il est de forme triangulaire, des alignements de pierres sur trois de ses côtés pourraient en être les murs écroulés. L’intérieur de l’enceinte implanté sur une petite butte de 3 mètres de haut « est recouvert par une épaisse couche de sédiments » et des pierres du clapier le remplissent ; « des fragments de régula rouge », un objet qui pourrait être un bouchon d’amphore, des fragments de meules navettes en grès, ont été relevés et en sont étudiés par les auteurs qui en conclusion nous disent :  » l’époque protohistorique dans le Champsaur et le gapençais est marquée par des trouvailles isolées, des dépôts, des dolmens ou nécropoles tumulaires, mais non jusqu’à présent par des habitants ou des enceintes fortifiées. Peut-on rapprocher le site des Aubins de ce riche contact ? ».
Nous serions très fiers que la suite de leurs travaux leur permette de répondre par l’affirmative.
Références parcelles cadastrale 357 et 358 section B feuille 3.


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