Rabani et les Carles

Ce hameau bastidon eut longtemps un visionnaire, peut être un jeteur de sorts, nommé RABANI. Ce Rabani voyait des loups partout. Que des loups soient venus dans le courant du XIXe siècle, jusqu’aux environs des maisons situées sur le flanc de la montagne, au pied des sapins noirs de la forêt du SAPET, n’a rien d’extraordinaire. Ce qui est plus anormal, c’est que Rabani ait assisté, un jour, à un conseil tenu par sept loups, des loups garous, sans doute, dans une clairière du lieu.

L’un disait : «Tu te rappelles quand j’ai mangé ce petit enfant d’Ancelle, à la chair si tendre ? ». « Et moi, ce nourrisson, et moi, et moi…» Chacun des sept animaux se remémorait ses exploits. Toutefois un des loups ne ressemblait pas aux autres car il portait en lui un démon. Il entreprit de tracasser Rabani, déjà terrorisé, en venant le soir tousser devant sa porte. Personne n’osait interroger le pauvre homme sur cette présence ennemie, mais chacun s’écartait de lui pour ne pas attirer l’animal fantastique. Combien de temps cela dura-t-il ? Nous ne saurions le dire. Mais un jour d’hiver, Rabani décida d’en finir. Il annonça à tous qu’il partait à la chasse au loup et le soir dit, il alla se tapir au fond d’une cabane à demie démolie, pour s’y mettre à l’affût. Au milieu de la nuit, malgré le matelas de neige, il entendit des pas, une approche prudente… Le loup avançait vers lui, le loup était là ! Rabani le laissa faire, guettant le moment favorable pour appuyer sur la gâchette. Mais tout à coup, l’animal diabolique partit à fond de train en direction de la montagne, ignorant la cabane. Rabani prit peur ; il voyait nettement la tactique du loup : alors qu’il attendait l’attaque, l’animal refusait le combat car il partait chercher du renfort !

Rabani se sentit perdu. Que pourrait-il faire contre un troupeau de bêtes féroces ? Il appela le ciel à son secours : Sainte Galope, Notre Dame de Ben courre (du bien courir). Hélas, elles lui firent comprendre l’inutilité d’une fuite en pleine nuit, loin de toute maison habitée. Alors il recommanda son âme à Dieu… lorsque le bon Saint PINCHI, habitué des choses de l’enfer, lui vint en aide (les anciens ont dédié à ce saint local, une colline qui domine le lac de Faudon). Voici ce qu’il lui dit : « Enlève ton grand manteau, met le en boule et jette le devant toi, le plus loin possible, puis revient te coucher dans la cabane, n’en bouge pas tant que les loups s’acharneront sur ton vêtement. Ma protection est sur toi, ne crains rien ».
Rabani, malgré le froid, se sépara de son manteau de pâtre, boucané au contact des moutons et l’envoya à trente pas de là. Il était temps ! Deux grands loups affamés, énormes, arrivèrent, ils se jetèrent sur le manteau et le taillèrent en pièces. Alors Rabani se glissa hors du cabanon, et dévala la pente sans se retourner. Au béal de la Bourdonère, il se sentit en sécurité, reprit son souffle avant de courir jusque chez lui.

Emile Escallier.


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