Tournefort : castrum, chapelle, prieuré

Le 4 mars 1237 le dauphin ANDRE le cita dans son testament. Le 11 avril 1238, à Turin, il obtient de l’Empereur Frédéric II l’investiture «per impériale Spectrum» des droits religieux que son aïeul Frédéric BARBEROUSSE avait en 1184, accordés à GUILLAUME II. En effet, dès le XIe siècle, les évêques de GAP ont acquis le terroir de la BATIE-VIEILLE et de LA BATIE-NEUVE, c’est Guillaume d’ESCLAPON, évêque de GAP qui reçoit TOURNEFORT de FREDERIC 1er. Le site domine CHORGES, GAP et AVANCON. Il se situe au dessous de la forêt du SAPET et au dessus des GRANES. «Le castrum est défendu sur un côté par la montagne escarpée contre laquelle il s’adosse et de l’autre par une pente d’accès difficile qui en fait une place de tout premier ordre».
Les habitants quittent St-PANCRACE pour se mettre à l’abri de la forteresse mais l’église, le cimetière et l’hôpital ne seront pas transférés. Ce second village se protège aussi d’un coté par un mur longitudinal, descendant du nord vers le midi, dont les vestiges étaient encore repérables, sur une longueur de 150 mètres, au début du XXe siècle. La position du nouveau village était d’un accès fort incommode, mais pour cette raison, très sûre. Sur un tertre, face au château, les évêques construisent un prieuré de l’ordre de St-BENOIT. Il dépendit d’abord de la NOVALAISE puis de BREMA, puis de BOSCODON. Ruiné par les guerres de religion, il fut en 1616 converti en une simple chapelle, Notre-Dame de TOURNEFORT qui a existé jusqu’à la Révolution. Elle donnait lieu à un pèlerinage les 15 août et 8 septembre. En 1906, l’Abbé ALLEMAND révèle qu’il existait encore sur le site un pan de mur, quelques décombres et un bénitier. Celui-ci aurait été «poussé» dans un torrent voisin où il serait encore visible. Ils bâtissent aussi sur un tertre situé près du château une chapelle, Notre-Dame de Confort, dont il ne reste rien, pas plus que de St-MADELEINE, chapelle unie à la cure et St-Catherine fondée par une dame d’ARGENCE. Tout a disparu avec le temps, leurs emplacements sont très difficilement localisables, en l’état du terrain.

Bien que le XIIIe siècle connaisse une période d’accalmie dans les troubles internes, un différend naquit entre l’évêque OTHON de GRASSE et le Dauphin GUIGUES de Viennois. Le Dauphin prétendait que cette forteresse était érigée sur ses terres, alors que l’évêque soutenait qu’elle faisait partie de l’évêché d’Embrun puisque située sur le territoire de Chorges ou de Montgardin. Le conflit était ouvert ; l’évêque retint à son profit tous les revenus que les fonctionnaires delphinaux prélevaient en son diocèse et leur en interdit l’accès. Gap s’allia avec son évêque. Le Dauphin fit appel au Pape Alexandre IV et le chargea de ses intérêts. Un traité d’alliance fût signé entre eux à Corps le 14 décembre 1258. La guerre semblait imminente. Le Pape s’entremit, comme aussi Saint-Louis frère de Charles d’Anjou. Le Dauphin se reconnu alors vassal de ce dernier pour toutes les terres qu’il possédait dans le Comté de Provence et l’associa à ses droits sur Gap. Othon de Grasse ne put le tolérer, mais le règlement du conflit ne tourna pas à son avantage. L’évêque fut mis à l’amende de 30 000 sous viennois et obligé de raser dans les huit jours son château de Tournefort, ce qu’il fit en 1258, ne pouvant pas payer.

En 1259, Pierre de TOURNEFORT vendit tous les biens à l’Abbaye de BOSCODON moyennant quinze livres viennoises. Plusieurs documents indiquent que la chapelle survécut longtemps au château. En 1570, mémoire est fait d’un différend entre Etienne EYRAUD et Messire ARNOUX au sujet de celle-ci, ce châtelain du Champsaur se reconnaissant des droits sur celle-ci qui semblerait toujours dépendre de la juridiction épiscopale de GAP. Nous savons qu’à cette même époque, en 1563, il y avait toujours un prêtre en place : Pierre ABRARD qui remplaçait Etienne VIVIAN, celui-ci avait un frère consul à La Bâtie-Neuve.

L’Abbé ALLEMAND affirme qu’au début du XXe siècle «il reste encore sur la hauteur quelques vestiges du vieux donjon et au-dessous les substructions des maisons et du mur d’enceinte». Hélas au XXIe siècle tout a disparu. La plupart des habitants émigrèrent à ANCELLE où ils possédaient souvent des terres. La disparition du château de TOURNEFORT coïncida avec l’apparition de celui de LA BATIE-NEUVE, mentionné en 1255 et 1257 dans les chartes de DURBON Nous avons la troisième implantation du village et son site définitif.

Tournefort : tertre recouvrant peut-être une chapelle

Tournefort : tertre recouvrant peut-être une chapelle


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